De la lumière.
Mes yeux s'ouvrent péniblement.
Une pièce.
Une douleur.
Et les souvenirs reviennent.
La pièce ressemblait fort à une infirmerie. Sur ma droite se trouvait la fenêtre, et dans le coin, posées soigneusement sur une plaque en métal, des seringues brillantes somnolaient.
La lumière du jour faisait luire les fines tiges de métal, et un tremblement s'empara de moi, sans que je ne sache pourquoi.
Sur ma gauche, d'autres lits s'étendaient, vides, leurs draps blancs et purs comme de la neige immaculée.
Toute cette blancheur me fit fermer les yeux.
"N'oublie pas ta mission."
Une voix résonna dans ma tête, doucereuse, pleine de colère et de haine à l'égard des exorcistes. Oui... Ma mission...
Cela fut comme un écho dans ma tête, et je ne pensais plus qu'à cela. Mais à chaque fois que je réfléchissais à cette mission, les ordres que l'on m'avaient donnés s'effaçaient.
- Malédiction...
J'ouvris les yeux, et me mit à genoux dans le lit, en donnant des tapes sur ma tempe gauche... Les connexions entre les câbles ne devaient plus être vraiment opérationnelles: J'avais comme un bourdonnement qui se propageait jusque dans ma gorge.
Puis, sans crier gare, le visage de cet homme s'afficha sur mes rétines.
- Quel abruti...
Je fus parcouru d'un frisson en repensant à ce que cet homme m'avait fait.
Il aurait pu me tuer.
Dévorée. Écorchée.
Mais j'étais vivante.
J'eus un soupir, et me leva.
Il n'y avait personne dans la pièce, et l'on entendait que le tic-tac régulier de la vieille horloge suspendue au mur.
Pourquoi n'étais-je pas attachée ? Ou même placée dans la cage ?
Je vis alors que j'étais nue comme un ver, et qu'une énorme griffure me barrait de la poitrine jusqu'au bas du ventre.
Effectivement, se contenir de me dévorer avait dû être tellement difficile...
Quelqu'un frappa à la porte.
- Puis-je entrer ?
Je ne répondis rien.
L'amertume, et l'envie de sauter par la fenêtre pour m'échapper se saisirent de moi. La fenêtre... La porte... La fenêtre... La porte...
Un homme entra, muni d'un plateau, et quand il me vit, il rougit jusqu'aux oreilles.
- Je... En fait... Pardonnez-moi... S'excusa-t-il en se retournant face à la porte.
J'éclatai de rire, un rire sans joie, dénué d'humanité et de chaleur humaine.
- Je me moque que vous me voyez comme ceci ! Un corps est un corps !
- Il n'empêche que vous devriez vous habiller. L'Intendant va arriver avec toute sa clique et...
Je jetai alors la table de chevet par terre -celle qui contenait les seringues- et elle se fracassa.
- Je me moque bien de tout ces gens ! Hurlais-je. Je vais vous détruire un par un, vous tuer, vous dévorer...
En disant cela, des fils sortirent de mon bras, brillants d'une étrange substance noirâtre. Je n'en avais cure, j'étais trop occupé à déblatérer sur ce Q.G. qui me gardait de force dans ses murs.
Le serveur trembla, et posa le plateau qu'il tenait entre ses mains moites.
- T-Très bien. Je m'en vais dans ce cas-là.
Mais au moment où il franchissait la porte, une question me vint à l'esprit.
- Hep ! Où est passé le japonais que j'ai mordu ?
- Kanda ? L'exorciste ? Il va arriver avec l'Intendant, ainsi que le jeune Bookman... Je suppose qu'il viendra, cela devrait l'intéresser.
- L'intéresser? Je ne suis pas un animal de foire.
- Non, vous êtes pire: Une machine ayant des sentiments.
Après cette réplique blessante, il referma la porte.
Je les détestais... Oui... Je n'avais que de la haine pour eux.
*****************
- Bonjour !
La voix semblait neutre.
Ainsi donc, l'Intendant, c'était lui.
Analyse de l'individu :
Chinois, 1 m 93, 79 kg.
Je ne répondis rien.
Quelques scientifiques et gardes entrèrent dans la pièce, munis d'instruments qui ne me disait rien qui vaille.
- Ne t'inquiètes pas, me dit l'Intendant avec un sourire. Nous n'allons rien te faire. Je veux juste m'entretenir avec toi, et savoir ce que tu as fais, hier.
Avant que je n'ai pu répondre, la porte s'ouvrit une nouvelle fois à la volée, et trois personnes entrèrent.
- Qu'est-ce que vous lui faites, Komui ? demanda l'un des trois, un jeune rouquin.
Analyse...
Merde.
Qui est-ce qu'il croit regarder, ce crétin?
Il avait un bandana, et sur l'un de ses yeux, il possédait un bandeau. Il affichait la plupart du temps un sourire espiègle... Mais sous ce sourire, je devinais qu'il cachait beaucoup, beaucoup de choses.
- Je lui pose des questions, c'est tout, Lavi, répondit l'Intendant en souriant de plus belle.
- J'imagine la torture que vous lui faites subir... Soupira l'autre jeune homme.
Lui, il avait des cheveux blancs : Etrange. Il possédait comme un tatouage sur son ½il gauche, et je reconnus la marque du Mal.
Un maudit...
Quand à moi, mon regard était braqué sur le troisième homme, évidemment.
J'épiais ses moindres faits et gestes, son regard, et j'écoutais même sa respiration, grâce à mon ouïe surdéveloppée.
- Alors ?
De nouveau, je me retournais vers l'Intendant.
- Que t'as fait Kanda hier soir ? Lui-même ne se souvient plus, il a dû subir un traumatisme passager...
- Un traumatisme... Déjà qu'il n'était pas bien dans sa tête, j'imagine ce que ça doit être maintenant...
- On ne t'as pas demandé ton avis, à ce que je sache, Mo-ya-shi.
- ça va, ça va, on se calme... Mais une chose est sûre, c'est que l'on a retrouvé la clé dans la cage, et la porte était bien ouverte, continua l'intendant.
Il jeta alors une clé tordue sur le lit.
Je regardais le Japonais.
Il avait perdu la mémoire ?
Impossible ! Comment... ?
Si je ne disais rien, tout allait tomber à mon avantage, non ? A moins que peut-être si j'avouais tout...
J'esquissais un pas vers les trois hommes, si bien que les Gardes qui étaient là pour la sécurité braquèrent leurs lances sur moi.
- C'est bon, baissez vos armes, vous autres. Ordonna Komui.
Je reculai pour que tout le monde me voit, et, d'un coup sec, je déchirai ma chemise pour montrer l'énorme balafre qui parcourait mon corps.
- Je l'ai mordu, l'autre jour. Il s'est transformé en Métamorph. Hier soir, il est venu pour boire mon sang, et voilà le résultat. Une chance que je sois entière.
Un silence pesant s'installa.
D'une, ils étaient gênés de me voir à moitié nue, et de deux, ils étaient effrayés par la cicatrice.
- Toi...
Le samouraï tremblait de colère.
- Je ne dis que la vérité... Tu es à présent... Comme moi.
- La ferme ! Je vais te faire passer l'envie de dire de telles conneries ! siffla-t-il en dégainant son sabre.
Le jeune garçon aux cheveux blancs l'arrêta.
- Arrête, Kanda ! Ce que tu fais est stupide !
- Dégage, Moyashi !
- Kanda... Commença l'Intendant. Elle a assez souffert, ce n'est pas la peine d'en rajouter.
- Je n'ai infligé de blessures à personne ! Et surtout pas à cette... A cette mijaurée !
- Et ça ?
Je courbai alors ma tête pour montrer la morsure faite par ses crocs.
- Tu crois peut-être que je me suis faite cette blessure moi-même ? Mh ? Et comment, sombre abruti !
Je croisai les bras, et détourna le regard.
Cet homme provoquait en moi un étrange sentiment. Inconnu.
Jamais ressenti. Première fois. Je déteste ça.
- C'est bon, on a fini. On te laisse ici... Au fait, ton nom ?
- Zembria.
- Et bien, on va te laisser tranquille, pour le moment. il paraît que tu as perdu une partie de tes pouvoirs, je suppose que la citadelle ne court aucun danger.
- Moi, j'ai deux ou trois choses à lui dire, fulmina le Japonais.
Les dénommés Lavi et Allen se regardèrent, et soupirèrent d'un seul coup, avant de se retourner pour partir.
Les bras croisés, je le regardais en lui projetant toute la haine dont j'étais capable.
- Toi... Je veux tout savoir sur les Métamorph, et qui ils sont, réellement.
Cette demande m'étonna, et je m'assis sur mon lit, préparant ma réponse.
- Les Métamorph... Pff... Nous sommes des machines, construites avec une ancienne magie, et chacun de nous possède une deuxième forme animale qui lui est propre... Je ne te dirais pas qui est le créateur...
- Oh, mais ça, je sais déjà son identité...
Je plissais les yeux, et je le regardais de haut en bas.
- Et puis je me demande bien pourquoi je te parle de tout ça alors que je devrais garder le secret...
- Tu ferais mieux de tout me dire avant que je ne te tranche la tête...
- Et ainsi ne plus avoir à manger... dis-je avec un sourire moqueur.
- Je ne recommencerais plus...
- Mais bien sûr! Laisse-moi rire! Au fur et à mesure que le temps passera, ta faim s'accentuera... Qui vas-tu chasser pour assouvir ta faim? Ton copain le rouquin? L'autre avec sa marque sur l'oeil? Ou peut-être la chinoise que j'ai vu à travers les barreaux de ma cage?
Cette tirade laissa le samouraï sans voix, et il se contenta de grogner.
- Quelle misère... Dire que je pourrais me débarrasser de toi d'un coup de...
Je fus interrompu par une poigne de fer qui me prit par le col: l'exorciste venait de me coller au mur, avec un regard empli d'une folie sans nom.
- Toi... siffla-t-il entre ses dents, d'une voix que je ne reconnus pas, ma vie s'écoule déjà bien assez vite... Le lotus commence à saigner... C'est toi, n'est-ce pas? Il est ma vie, et toi, tu le consumes...
- Le... Lotus?
Il me lâcha, et je pris une grande bouffée d'air en relevant la tête vers lui... Trop tard, il était déjà parti, me laissant à ma courte victoire.
Mais étais-ce réellement une victoire?